PopKatari, un collectif d’audacieux

Une tendance qu’on remarque assez généralement quand on rencontre un collectif, c’est qu’il se crée à partir d’une bande de copains. PopKatari ne déroge pas à la règle. Bien que les membres aient des goûts musicaux diversifiés, la bande se connait depuis un bout de temps, a évolué ensemble et, au rythme d’un concert tous les deux mois en moyenne, construit avec audace l’avenir de ce collectif jeune qui fait son chemin parmi ceux déjà imposés en paysage liégeois. Le temps d’un café, Hadrien et Victor nous ont presque tout raconté.

PopKatariC’est en 2008, alors que pour son anniversaire Hadrien reçoit un album réalisé par ses amis, que le collectif PopKatari se met en place sans en être vraiment conscient : « On lui a composé deux morceaux de 20 minutes pour ses 20 ans, et avec ça on s’est dit qu’il fallait trouver un nom pour la pochette. PopKatari nous est venu pour les consonances un peu exotiques, pour le côté un peu mystérieux aussi, on trouvait que ça sonnait bien ! Dans un premier temps le nom n’a servi qu’à ça, on jouait avant tout entre nous et puis petit à petit on s’est dit passons à l’étape supérieure. On a d’abord commencé en invitant des groupes locaux » raconte Victor. « On ne pensait pas faire ça régulièrement, on voulait surtout organiser nos concerts et puis s’associer à d’autres groupes locaux qu’on aimait bien. A un moment il y a eu un déclic, on s’est rendu compte qu’on pouvait faire jouer des groupes étrangers et c’était parti ! » complète Hadrien.

Les soirées PopKatari telles qu’elles existent actuellement, avec des groupes étrangers à l’affiche, débutent en 2014. Le jeune collectif organise alors ses soirées, à la programmation orientée indie rock, principalement à la Péniche, au Tipi et à La Zone. « La Zone est peut-être la salle qui nous correspond le plus, il y a déjà un public d’habitués et le côté alternatif colle bien avec ce qu’on programme. Puis en terme logistique la salle est très pratique, La Zone offre plein de facilités ! » nous dit Hadrien. La Péniche ayant pris le large et La Zone étant très demandée, le collectif se retrouve lui aussi confronté à la pénurie de salles à Liège. « C’est difficile de trouver une salle actuellement. On a des deals avec des groupes qu’on pourrait booker mais on ne trouve pas de salle qui corresponde donc on laisse tomber » ajoute Hadrien.

Face à ce constat, PopKatari a décidé d’élargir ses horizons, car si le collectif est sans doute le plus jeune parmi ceux qui font bouger la scène rock alternative liégeoise, il n’est pas pour autant le moins audacieux. En avril dernier, PopKatari organise une soirée en collaboration avec le Reflektor lors de laquelle ils accueillent dEbruit. L’expérience d’une salle plus importante ne s’est pas révélée forcément concluante : « C’était pas du tout évident, raconte Victor, on changeait d’échelle, on s’en rendait compte, d’ailleurs ça a été l’objet de légères dissensions au sein de l’équipe parce que certains disaient que ça ne nous correspondait pas du tout une grosse salle, qu’ils allaient nous bouffer. En fait ils ne nous ont pas bouffé du tout, ils nous ont laissé une sorte de carte blanche qu’on n’attendait pas spécialement puisqu’en allant vers une salle de cette envergure on attendait un encadrement plus important étant donnés les frais de fonctionnement. Finalement on est quand même arrivés à la conclusion que ce n’est pas une salle adaptée aux collectifs comme le nôtre, parce que pour que ça tourne il faut générer pas mal de bénéfices ». Avec un public d’habitués tournant aux alentours d’une bonne centaine de personnes, les bénéfices engendrés par un collectif tel que PopKatari servent tout juste à payer les groupes, la salle et les frais logistiques. L’avantage de cette coproduction est que le collectif a pu faire jouer dEbruit, un musicien qu’ils n’auraient pas pu se permettre sans l’apport du Reflektor : « Cette soirée c’était une coprod, on n’aurait jamais pu faire ça sans eux s’ils n’avaient pas décidé de faire moitié moitié. On n’aurait pas osé parce que c’est trop d’argent. C’est le plus gros cachet qu’on ait mis ! » nous dit Hadrien. Les regrets se situent plutôt du côté de la communication entre le collectif et les gérants et du suivi de la soirée : « Pour lancer la soirée on était tout le temps en contact avec les gérants de la salle, puis après plus de nouvelles. On a toujours besoin d’un retour quand on organise un concert avec une salle, on a besoin de savoir s’ils sont contents ou pas. Au départ ils nous ont dit ‘On a besoin de collectifs comme le vôtre, ce serait hyper bien si on pouvait collaborer plus régulièrement’. On fait un événement test et on n’a aucun retour, du coup on ne sait pas comment se positionner. On voit bien que les mecs sont hyper occupés et qu’ils n’ont pas le temps pour des gens comme nous. Par contre les collaborations avec tous les autres collectifs se sont toujours bien passées ! ».

PopKatariMalgré cette expérience en demi-teinte avec le Reflektor, les collaborations entre collectifs font partie intégrante du fonctionnement de PopKatari et leur tiennent à cœur. Après avoir organisé des soirées avec Jungle et JauneOrange, le collectif co-organise depuis cette année le Festival insert name : « Très vite on s’est rendu compte que ça nous permettait de monter plus facilement des projets. On essaie de s’associer avec le collectif qui va pouvoir le mieux nous correspondre. Quand on invite Pyrrhon on est très fière de les avoir, maintenant c’est une soirée death metal, qui est pas spécialement notre créneau, on se dit que le collectif le plus adapté pour nous aider c’est Jungle, c’est avec eux qu’il faut faire cette soirée » explique Victor. Les co-productions, c’est aussi un moyen de garder la tête hors de l’eau : « Ça nous permet de survivre, parce qu’il y a zéro bénéfice dans ce monde là. On perd de l’argent presque à chaque fois, l’objectif c’est de faire zéro et évidemment quand on s’engage dans un projet à deux collectifs c’est moins casse gueule et on peut se permettre des trucs plus sexy. Comme White Lung qu’on a fait jouer en juin en collaboration avec Jungle, c’était un petit rêve! Là on a pris un risque financier, mais les gens sont venus » complète Hadrien. Pour la collaboration avec l’insert name les choses se sont passé un peu différemment : « C’est moi qui ai envoyé un mail aux gens du collectif pour leur dire que j’étais impressionné par la programmation, explique Hadrien. Je pense qu’ils sont contents de ce qu’on a pu apporter. Nous ça nous ferait plaisir si des gens motivés par notre projet et désireux de donner un coup de main nous contactent ! ». Travailler avec d’autres collectifs permet également à PopKatari d’améliorer son fonctionnement : « Dans les autres collectifs y a des gens qui sont souvent nos aînés, comme dans Mark it Zero, on sait qu’ils ont plus de bouteille et c’est ça aussi qu’on vient chercher, c’est leur expérience, leur connaissance des réseaux, des démarches » explique Victor.

Si la collaboration avec les autres collectifs est importante à leurs yeux, elle l’est tout autant au sein même de PopKatari. Outre Hadrien – qui s’occupe de la programmation, des négociations et de l’accueil des groupes – et Victor – directeur artistique, modérateur et également en charge de la programmation -, le collectif compte trois autres membres. Il y a Quentin, musicien électron libre qui est à la base du projet, « il va il vient, il est important pour ses idées artistiques » nous confient les interviewés. Ensuite il y a Guillaume, le graphiste du collectif, également cuistot : « Il fait des plats de fou à chaque fois ! ». Et enfin Thibaut, musicien également, et trésorier. Autour de ce noyau dur gravitent d’autres personnes notamment Claire, soutient morale de l’équipe, qui aide pendant les soirées. PopKatari s’est également entouré de deux photographes, Fanny et François, qui « font du super boulot » et qui leur permettent de garder des souvenirs de leurs soirées : « On tient à fond à garder des souvenirs de nos soirées. On a toujours des photos, si on pouvait enregistrer les live on le ferait ». Lors de la venue de White Lung en juin dernier, le collectif a d’ailleurs filmé une interview du groupe qui devrait sortir très prochainement. « C’est une activité qu’on aimerait pérenniser à l’avenir, essayer de faire des interviews avec des groupes qu’on programme. On se dit que c’est quelque chose que les autres collectifs ne font pas nécessairement » dit Victor. Même s’ils sont novateur dans cette démarche, PopKatari regrette qu’elle ne soit pas partagée par les autres collectifs, d’autant plus que la qualité des concerts qu’ils organisent méritent que des souvenirs soient conservés : « On s’intéresse hyper fort à tous les concerts qui se passent à Liège. Quand on voit ce que Silenceless a fait il y a 6 ou 7 ans, c’est un truc de malade. Ils ont programmé Cult of Luna, c’est un groupe énorme aujourd’hui qui fait sold-out en 5 secondes. Et ça il n’y a pas de traces, pas de photos, faut gratter pour trouver un petit article ou quoi ».

PopKatariBien que le collectif soit assez jeune, les bons souvenirs de soirées ne manquent pas. Quand on leur demande quel concert les a marqués, Hadrien et Victor sont unanimes : “PILE en mai 2015. C’est un groupe de Boston, ultra respecté par les groupes qui gravitent autour mais qui ne perce pas vraiment. Pourtant ils ont un potentiel énorme. Ils tournent quand même aux US mais ils n’étaient jamais venus en Europe. On leur a fait une offre pour une soirée, c’était plus que ce qu’ils ont aux US, mais pour nous c’était logique. Et autour de la date qu’on leur proposait ils ont construit leur tournée européenne” explique Hadrien. “Leur live à La Zone était exceptionnel, il a duré 1h25, c’est leur live le plus long, ils avaient l’air ravi d’être là. Je pense que c’est un excellent souvenir pour les gens qui étaient présents, on nous en reparle beaucoup” complète Victor. Et si ce souvenir vous met l’eau à la bouche, sachez que PopKatari réinvite PILE à Liège le 28 octobre au Garage. La première partie sera assurée par Don Aman.

Concernant les autres actualités du collectif, la rentrée s’annonce belle après ces deux mois de repos. Le 19 septembre, ils proposent à La Zone le duo américain Muscle and Marrows, “pour les fans de Chelsea Wolf”, avec en première partie le duo italien expérimental Father Murphy. Et petite surprise, l’insert name se décline également en soirées durant l’année! La première est programmée le 5 novembre avec Hey Colossus et Theeunforseen, au Garage à nouveau.

Et si vous souhaitez en savoir plus sur PopKatari, sachez que le collectif possède également un label sur lequel vous risquez de faire des découvertes intéressantes : “Il y a un gros clivage entre ce qu’on programme (rock, indie rock) et ce qu’on produit. Ça tend vers l’impro jazz, vers la musique électronique, vers un territoire qui est un peu différent. Ça définit assez bien finalement l’éclectisme que l’on prône!” prévient Victor dont vous retrouverez les projets personnels – Bleeds et The Night – sur le bandcamp dévolu au label. Bonne écoute !

Louise Lange

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