Nicolas Michaux: « La musique, comme passeport pour le monde »

On pourrait déjà qualifier «A la vie, à la mort» d’album belge de l’année. Mais ce serait bien trop réducteur… Rencontre intime avec un orfèvre, qui sera en concert au Botanique ce vendredi 15 avril.

Nicolas Michaux
© Lare Herbinia

Un nouvel album, c’est souvent le début d’une nouvelle aventure. Or, ici elle était déjà bien entamée. Soulagé que l’album sorte enfin?

“J’étais plus angoissé par l’idée de ne jamais terminer cet album que par la sortie en elle-même. L’album est fini depuis janvier et, depuis, j’ai une nouvelle vie.”

As-tu vraiment eu peur de ne pas le terminer?

Au début, il y a notamment eu des raisons de santé. J’ai cru que j’allais être sourd de l’oreille droite. J’ai trouvé une solution médicamenteuse et je suis guéri. Et puis, au niveau de la production, je m’étais lancé dans quelque chose d’enthousiasmant mais de difficile à monter, notamment en termes financiers. Une fois que j’ai eu les 20 morceaux, j’ai eu beaucoup de mal à choisir les 10 que je voulais garder. Ensuite, le label français est arrivé, et ça a aidé. L’aventure ne faisait que continuer, mais avec plus de temps et de budget. Je suis très content car je n’ai fait aucun compromis et c’est l’album que je voulais. Il y a eu de longues pauses. Je ne pensais qu’à ça, mais je n’étais plus actif.

Le label français, c’était une évidence?

On a envoyé le projet à des labels belges et français. «Tôt ou tard» proposait un meilleur contrat, plus de budget et une exposition plus large que ce qu’on aurait eu en Belgique. La question ne se posait pas vraiment. En plus, ils ne voulaient pas de modifications. Certains voulaient même qu’on réenregistre avec le mec qui a fait M…

Pour l’accueil, tu n’avais par contre aucune crainte à avoir, vu que les gens connaissaient déjà les morceaux…

“Les critiques ont toujours été positives. Mais, vu l’attente, j’avais un peu peur qu’il n’y ait plus l’effet de surprise. On ne devait surtout rien laisser au hasard. On a un peu procrastiné, mais on s’est posé des questions et on a été longtemps dans la recherche. Au final, le résultat est meilleur que si on l’avait sorti il y a un an ou deux.”

Nicolas MichaudQu’as-tu retiré de tes voyages à l’étranger?

Je suis parti une année scolaire à Aarhus (Danemark), en bord de mer, où ma copine terminait ses études. J’étais seul, tranquille. Après trois mois de lectures et de balades, j’ai eu à nouveau envie de faire de la musique dans une démarche enfantine. J’étais seul dans mon petit atelier. J’ai vécu de magnifiques moments de découvertes. Le projet est né là-bas. La philosophie aussi. Je n’étais pas là pour faire un blockbuster, mais un travail d’artisan. Au Congo, je ne suis resté que 12 jours dans le cadre d’un concert, mais ça a changé ma vie.<UN>J’y ai eu un accès privilégié à la vie sur place. Je suis resté dans les quartiers avec mon appareil photo. Je suis rentré et j’ai été recontacté par le guitariste qui jouait dans le backing band et dont j’avais cerné le génie. Il est venu à Bruxelles. On a travaillé quelques morceaux. «Part of no part» date de ce moment-là.”

Et là, tu reviens d’une tournée en Chine…

C’était très intense. C’était dans le cadre d’un appel à projets pour un festival d’artistes francophones. On a joué 6 fois, parfois dans des lieux universitaires, avec des étudiants qui apprennent le français, mais aussi dans des clubs normaux. Nous n’étions que deux. C’était parfois un peu frustrant, mais aussi très créatif. Au final, les problèmes auxquels les gens sont confrontés en Chine sont les mêmes qu’ici… le prix des loyers qui augmente, un pouvoir politique injuste et qui intervient dans le mauvais sens. L’idée avec ce projet, c’est de continuer à utiliser la musique comme visa pour le monde. J’aimerais jouer en Amérique du Sud, en Allemagne ou en Angleterre. J’aimerais aussi retourner à Kinshasa.”

Tu as des idées bien arrêtées sur l’évolution de la société. Cela se ressent dans ta musique, mais ce n’est jamais flagrant…

Si c’était flagrant, trop revendiqué, trop direct, ça n’aurait plus d’intérêt de le faire en musique. Cela ressemblerait à des discours. La société devient tellement violente et les problèmes que nous rencontrons tellement aigus que j’ai l’impression qu’il va peut-être falloir faire de la musique un peu plus terrestre et dans une prise de position politique. Pour le moment, de mon côté, c’est par petites touches. J’espère que le disque donnera des idées aux gens. Grâce au chômage, après la fin d’Eté 67, j’ai pris mon temps et je me suis donné la chance. J’aurais pourtant tout aussi bien pu chercher un boulot et mettre tout ça de côté. Tout le monde a un potentiel créatif en soi. «Croire en sa chance», c’est peut-être ça le message le plus fort de l’album. Dans d’autres morceaux, j’ai une certaine nostalgie de la nature, et de tout ce qu’on a détruit. On va devoir reconstruire sur des bunkers.”

Nicolas MichaudTe sens-tu en total décalage avec la société qui t’entoure?

Je n’ai pas la télévision, mais si j’écoute le fil des actualités, je me dis que les politiciens ne vivent pas dans le même monde que nous. Je suis convaincu qu’on est dans un système agonisant, et qu’il va falloir passer à autre chose parce que la planète nous l’oblige. Mais j’ai l’impression que, depuis 2008, tout le monde est plus politisé. Je suis assez confiant, car il y a des choses hyper intéressantes sur la table pour le moment. Comme le disait Bob Dylan, les vainqueurs seront les perdants et les vieux sont dépassés. Une nouvelle génération arrive.

Il y a quelques semaines, tu es passé dans l’émission «Ce soir (ou jamais)» sur France2.

C’est une émission que je suis capable de regarder en replay, car j’y trouve des gens qui ont des réflexions. Je n’irais pas dans n’importe quelle émission, et pas dans n’importe quelles conditions. Je ne fais pas de playback, et je ne fais pas de charity-business. Je dois aussi trouver un juste milieu. Ne parler qu’à mon cercle d’amis, aux gens d’Ixelles et de Saint-Gilles ou à ceux qui viennent à l’Atelier 210, ça n’aurait pas beaucoup de sens. Mais pas à n’importe quel prix…

Que retires-tu finalement de l’expérience Eté 67?

“C’était une école de la vie, et une école de la musique. Je suis content qu’on ait arrêté au bon moment, avant que ça ne devienne pénible. Aujourd’hui, je redémarre en ayant plus de recul. Si Rudy Léonet n’a pas envie de passer un de mes morceaux, bin ce n’est pas grave.”

Christophe Van Impe

© Photos : Lare Herbinia

Article publié le 9 avril 2016 sur l’excellent blog musical Sudpop, repris ici avec l’aimable autorisation de son auteur. Merci Chris !

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