« Mots choisis » : la langue française peut-elle disparaître ?

Bouchon Magazine a rencontré l’auteure liégeoise Geneviève Rousseau. Après quinze ans d’écriture jeunesse, elle sort son premier roman «  Mots choisis ».

Mots choisisEn bref : Iris, jeune logopède fraîchement diplômée, contacte Léopold, linguiste en fin de carrière. Un mystérieux phénomène de disparition des mots sévit en plein cœur de Liège. Alors que tout les oppose, les deux personnages se lancent dans une enquête improbable afin d’empêcher une perte peut-être définitive de la langue française…

Pouvez-vous nous retracer votre parcours d’auteure ?

Depuis maintenant quinze ans, j’écris des récits originaux pour des revues pédagogiques aux Éditions Averbode. Je traduis des textes du Néerlandais au Français, pour la même maison d’édition. En parallèle de ce travail, j’ai eu la chance de publier deux albums jeunesses ((Gare au gaspi ! et La chose, NDLR) aux Editions Mijade. Je me lance dorénavant dans l’un de mes plus vieux rêves : écrire des romans.

Justement, quel est l’élément déclencheur qui vous a donné l’envie de vous lancer dans l’écriture d’un roman ?

Il faut savoir qu’écrire pour la jeunesse impose un certain nombre de contraintes. Les revues pédagogiques définissent le niveau de difficulté, le thème à aborder mais également la longueur du texte. Mes récits sont donc très calibrés et très courts. J’avais envie de me lancer dans un projet de plus grande envergure afin d’avoir la possibilité de développer davantage les personnages.

N’avez-vous pas eu peur de cette liberté acquise du jour au lendemain ?

Si, très. Pour tout vous avouer, je me suis inscrite dans un atelier d’écriture dirigé par l’auteure namuroise Eva Kavian. Mon roman est le fruit de ces différents cours. Je me suis alors sentie très soutenue dans mon processus d’écriture. Il existe énormément de techniques inhérentes à la rédaction d’un roman, chose à laquelle je n’avais pas pensé avant de me lancer ! (Rires). Cet atelier m’a beaucoup appris, tant humainement que professionnellement. Chacun arrive avec son projet et relit celui des autres. Les commentaires croisés sont enrichissants.

Quelle a été votre source d’inspiration pour « Les mots choisis » ?

L’histoire du roman se base sur des anecdotes de la vie. J’y aborde différents thèmes tels que la générosité ou bien la famille, tous inspirés de bribes de conversations. Sans que l’on s’en rende compte, les nouvelles technologies nous amènent à nous confier devant des inconnus. Les conversations au téléphone dans un bus ne sont pas si confidentielles que cela… C’est de là que vient mon inspiration. En attrapant deux-trois miettes de conversation ici et là, j’ai commencé à construire des personnages. Je me suis interrogée sur les conséquences qu’allaient avoir cette discussion sur eux.

Geneviève RousseauLe roman plonge le lecteur au cœur de Liège. Mettre en avant votre ville était une volonté de votre part ?

Il est vrai que je suis née à Liège et que j’y habite toujours actuellement. Etant donné que j’ai construit mes personnages sur base de ce que j’ai entendu en Cité Ardente, le lieu s’est imposé par lui-même. Ce n’était pas forcément une volonté de ma part. Cependant, le cadre liégeois fait le succès de ce roman !

Combien de temps a duré l’écriture ?

J’ai terminé le roman à la fin de l’atelier, qui s’est déroulé le temps d’une année scolaire. Par la suite, j’ai simplement retravaillé quelques passages. J’ai notamment ajouté les petites définitions entre chaque chapitre.

La publication du roman a-t-elle été un long fleuve tranquille ?

Oh non, ça a été la galère ! (Rires). J’ai envoyé une montagne de manuscrits aux éditeurs. Au pire, je ne recevais pas de réponse. Au mieux, j’essuyais un refus justifié par une ligne éditoriale trop éloignée de mon roman. Ne pas avoir de retour est très frustrant. Les critiques négatives sont bonnes à prendre, or je n’en recevais aucune. Une amie m’a donc conseillé les éditions Bernardiennes, une structure d’auteurs indépendants née à Bruxelles. Ils analysent les textes de manière très objective, en s’appuyant sur une grille aux multiples critères. A chaque envoi de manuscrits, ils promettent un avis circonstancié. Rien que ça, c’est génial ! L’avis de professionnels compte énormément. J’ai eu la chance qu’ils apprécient « Les mots choisis ». Après, cela reste de la micro-diffusion. Il faut donc aller au charbon soi-même et réaliser sa propre promotion.

« Mots choisis » a pour thème principal la peur de la disparition de la langue française. Il est facile d’établir un lien avec l’actualité et la réforme de l’orthographe. Qu’en pensez-vous justement ?

C’est vrai, drôle de hasard ! Je suis mariée et mère de quatre enfants. La réforme de l’orthographe est un sujet houleux dans la famille, on se crêpe le chignon ! (Rires) Cette réforme a un impact direct sur l’une de mes filles qui étudie la logopédie mais aussi sur mon mari, qui travaille dans l’édition de manuels scolaires. Personnellement, j’ai un avis moins tranché sur le sujet. Je comprends qu’il existe une certaine nostalgie de l’ancienne orthographe et des jolis mots. Mais je pense qu’il ne faut pas être passéiste. Le français est une langue vivante, c’est normal qu’il évolue. L’aspect positif reste la facilité d’apprentissage dont beaucoup ont malheureusement besoin.

Et si, comme l’un de vos personnages, vous perdiez l’usage de certains mots ?

J’avoue ne jamais y avoir pensé ! (Rires) C’est vrai qu’à force d’écrire mon roman, j’ai peut-être moi-même été atteinte par le virus. Pour mon métier, ce serait réellement catastrophique !

En parlant de métier, quels sont vos futurs projets ?

« Mots choisis » n’est pas réellement mon premier roman. J’en ai écrit un autre, il y a deux ans. Il sortira fin 2016 et devrait s’appeler « Dix-sept photos plus tard ». Cette fois, l’histoire se déroulera en Bretagne, un endroit qui me passionne depuis toujours. Pour le reste, mystère…

J.F.

« Mots choisis », de Genèviève Rousseau, aux Editions Bernardiennes. Disponible au prix de 15 euros chez Espace Papier, Livre aux Trésors et Wattitude. Possibilité de le commander directement auprès de l’auteure : genecharou@gmail.com.

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