Tourné au vinaigre : confidences sur pas mal de trucs plus ou moins confidentiels

Arnaud TsamereArnaud Tsamere était, ce jeudi 25 février, au Forum pour nous présenter son nouveau spectacle. Pour ceux qui seraient coupés du monde depuis 5 ans, ce digne descendant de François Rollin s’est fait connaitre (quand je dis « descendant », c’est symbolique, ils ne sont pas de la même famille) grâce à l’émission de Laurent Ruquier (enfin, je n’en sais rien en fait, Arnaud ayant 40 ans et François 62, ils pourraient être père et fils, puisque dans les années 70, avoir un enfant à 22 ans était tout à fait normal) et Catherine Barma, intitulée « On ne demande qu’à en rire » (oui mais se pose alors le problème de leur nom de famille différents, « Rollin » d’un côté et « Tsedri » de l’autre, ça ne colle pas) diffusée chaque jour sur France 2 pendant quatre saisons et arrêtée depuis lors… (à moins d’imaginer que Rollin soit le père adoptif d’Arnaud, ce dernier ayant été abandonné par ses parents dans une ruelle sombre de Bordeaux et récupéré par le jeune Rollin qui faisait la tournée des grands crus de la région. Mais peut-on parler de « descendance » dans le cas d’une adoption ? En d’autres termes, la filiation biologique l’emporte-t-elle sur l’héritage culturel ? Beau sujet de bac, n’est-ce pas ? Enfin, ce n’est pas le thème de cette chronique. Revenons à nos moutons… Rothschild, excellent !).

Donc, quand Arnaud Tsamere débarque, je me précipite pour aller le voir. J’avais vu son premier spectacle « Chose promise » et j’avais beaucoup aimé. Puis, comme les sorties culturelles, ça ne sert qu’à inviter des jolies célibataires blondes, au regard moqueur, à la culture littéraire et à la répartie tranchante, je m’suis dit que je n’irai pas seul. Mais comme, apparemment, ce profil n’existe pas, j’ai trouvé une fille qui correspondait plus ou moins aux critères.

Nous voici donc, tous les deux, installés au Forum de Liège. Il est 20h10. Les lumières s’éteignent, Layla de Clapton retentit (la version de Derek And The Dominos, pas du MTV Unplugged) et Arnaud entre en scène. En guise d’introduction, il se lance dans une étude comparative entre plusieurs marques fictives de biscuit chocolaté au caramel. Tout est déjà là : l’absurdité du discours mais le réalisme de la réflexion, la diction entrainante, la posture de dandy. Le public est conquis.

Je dois faire comme Arnaud : dire le contraire de ce que je pense pour obtenir l’effet voulu !

Ce nouveau spectacle s’articule autour d’un concept : nous rions trop. Pour nous soulager, Arnaud va donc nous offrir 1h45 de répit en ne nous faisant pas rire et qu’il y a-t-il de plus ennuyeux que quelqu’un qui parle de soi ? L’humoriste va donc nous faire des confidences sur sa vie, ses convictions, ses préférences. Bien sûr, Tsamère ne révolutionne nullement son style et utilise toute la palette de mécanismes qu’on lui connait, mais cela fonctionne à 200 pourcents. Et quand, parfois, une petite longueur ou une vanne moins réussie s’invite dans le spectacle, ce n’est pas involontaire puisqu’elle revient plus tard avec plus de force encore. D’absurde et de burlesque, il n’y a que le style, tant l’écriture et le dispositif sont précis.

D’ailleurs, ma compagnie du soir est sous le charme. Elle rit aux éclats, ses yeux pétillent devant le comique… et là tout s’éclaire dans mon esprit ! Je dois faire comme Arnaud : dire le contraire de ce que je pense pour obtenir l’effet voulu ! C’est totalement logique… Si je vous dis : « Ne pensez pas à une pomme », à quoi pense-vous ? Et puis, ne dit-on pas « les opposés s’attirent », ou « le contraire du contraire c’est le contraire » ou encore « qui va à la chasse perd sa place » ?

Le spectacle se termine, les lumières se rallument, « Confidences pour confidences » de Jean Schulteis retentit (la version de 1981, pas celle du MTV Unp… laissez tomber) et je me lance :

– Quel con gros ce Tsamere quand même !
– Tu n’as pas aimé ? Ah, j’ai beaucoup ri moi.
– Ouais j’ai vu ça, mon siège valdinguait de tout côté… Non l’humour régressif, ce n’est pas trop mon truc.
– Il y a quand même une certaine finesse…
– Si tu trouves que vouloir faire monter un handicapé sur scène, engueuler un enfant de dix ans et se déguiser en pingouin, c’est fin, d’accord. Tu dois adorer Cyril Hanouna, toi ?

Boum, le piège se referme, elle ne sait même pas répondre, j’enchaîne :

– Non heureusement qu’il y avait ce type dans la salle qui criait « A poil » dès qu’il y avait un silence ! Ca bousculait un peu les codes. Puis quelle mauvaise imitation de l’accent belge, on reconnait l’école Ruquier. On prend un verre au bar ?

– Non merci, j’ai une grosse journée demain, je préfère rentrer tôt.

– Deux bières, ça marche !

Je reviens avec les deux breuvages, elle soupire, je sens le désir monter en elle. J’affone la mienne pour lui prouver ma virilité et lui demande de m’excuser pour passer au petit coin. Quand je reviens, je la retrouve en train de discuter avec un mec, genre de petit playboy barbu, pas du tout son type à mon avis. Elle fait ça pour faire monter le désir ! Je décide de jouer le jeu, je feins l’indifférence et je vais l’attendre à la sortie du théâtre en tirant négligemment sur une cigarette. Quelques minutes plus tard, elle ressort au bras du barbu et passe devant moi sans un regard… Il y a dû y avoir une faille dans ma stratégie. Quoiqu’il en soit, je ne sais pas si les opposés s’attirent mais qui va à la chasse perd sa place.

 A.S. 

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