Camus s’invite à l’Arlequin

Il y a quelques semaines, lorsque la rédaction du Bouchon Mag s’est réunie dans un lieu tenu secret afin d’élaborer son plan pour conquérir Liège (et accessoirement préparer son agenda des évènements à couvrir), mes deux supérieurs hiérarchiques ont proposé de faire un article sur une représentation de L’étranger de Camus au théâtre Arlequin.

L'étrangerL’esprit aussi aiguisé que la lame d’un couteau brillant au soleil sur une plage algérienne, je bondis sur l’occasion pour trois raisons : je n’ai jamais mis les pieds au théâtre Arlequin, j’ai adoré ce bouquin et ça me permettra de réécouter les Cure en écrivant mon article, ce que je fais actuellement avec beaucoup de plaisir et un petit mouvement d’épaule rendu célèbre par un animateur télé, lui aussi arabe, la boucle est bouclée.

« Standing on the beach, with a gun in my hand, staring at the sea, staring at the sand ».

Me voici donc ce vendredi 19 février pour la deuxième représentation de cette adaptation du chef d’œuvre de Camus. La pièce est reprise suite à son succès, ce qui est plutôt bon signe. Néanmoins, j’ai quelques mauvais pressentiments. Pas à cause du théâtre qui s’avère un endroit petit, mais charmant et qui dégage une vraie âme et possède, apparemment, une foule d’habitués.

Non, voyez-vous, comme je suis un garçon plein de préjugés, je ne comprends pas bien ce que Pierre Ligot et Serge Swysen vont faire de ce texte aussi fort. Pour ceux à qui ces noms ne disent rien, ce sont les deux larrons qui, au côté de Renaud Rutten, ont enregistré la vidéo « Ce que disent les Liégeois » qui a fait un carton sur Youtube. Je cauchemarde un moment sur une version liégeoise : «Oufti, Man es mwérte torat ou hier, je ne sais nin ». Mais déjà, les lumières s’éteignent et la pièce commence.

Je peux me rassurer : on aime et on respecte Camus, ici.

Une jeune fille (Joane Lindenberg qui interprètera Marie plus tard) et un vieux monsieur entrent en scène. Elle est la fille d’Albert Camus et lui un témoin de l’histoire. En l’espace de 15 minutes, ils nous racontent la vie de l’écrivain : l’enfance à Alger, le football, l’impossibilité de s’engager durant la seconde guerre mondiale à cause de la tuberculose, sa résistance, ses premières œuvres, le Nobel, Sartres, La Guerre d’Algérie évidemment, la voiture de Michel Gallimard et le platane de la Nationale 6. Ses épisodes sont ponctués de citations de ses livres, récitées par un José Brouwers d’une justesse et d’une émotion assez incroyables. C’est d’ailleurs lui qui signe l’adaptation du texte. Je peux me rassurer : on aime et on respecte Camus, ici.

L'étrangerLa pièce à proprement parler commence. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de vous raconter l’histoire. Si vous n’avez jamais lu le livre, je ne peux que vous encourager à le faire. Avec des décors et accessoires minimalistes, les trois acteurs parviennent à se mettre au service du texte et à nous faire retrouver les éléments du roman : la chaleur de l’Algérie, les bruits de la rue, la plage, le soleil… Cette sensualité méditerranéenne, seule chose tangible, au milieu des personnages et d’une histoire absurde. J’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver le texte et à voir que les comédiens incarnaient les personnages avec honnêteté et sérieux. Mention spéciale à Serge Swysen qui interprète, tour à tour et avec brio, le concierge de l’asile, Raymond Sintès, l’avocat, le juge d’instruction et l’aumônier .

Si je dois mettre deux petits bémols (qui ne sont pas le monopole de Léa Salamé, ok j’arrête avec les arabes du PAF) : quelques répliques préenregistrées (ou dites en coulisse via micro) ne sont pas toujours très audibles. Il y a aussi un tout petit détail dans le jeu de Pierre Ligot – qui s’en sort très bien avec le personnage de Mersault, sans nul doute le plus difficile à interpréter – : ses « ouiiiiii » et « nooooon » allongés qui, certes ont parfois fait rire le public, mais ne correspondaient pas au reste de l’interprétation du personnage.

Si la pièce est de nouveau reprise, n’hésitez pas à vous y précipiter. Pour ma part, je me rendrai sûrement à la prochaine pièce programmée par l’Arlequin : La Vérité de Florian Zeller, en espérant y retrouver un Serge Swysen aussi bon que dans L’Etranger.

A.S.

NDLR : Photos datant de l’ancienne représentation.

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