Alain Platel pose son regard sur la collection du MADmusée

Alain PlatelDans le cadre du Festival Pays de Danses, le Théâtre de Liège accueille une exposition née de la collaboration entre Alain Platel et le MADmusée. Autrefois orthopédagogue, le chorégraphe belge est connu pour son intérêt pour l’univers sensoriel des personnes handicapées. Rencontre…

Pouvez-vous nous raconter les coulisses de cette exposition ?

J’ai été convié par Pierre Muylle, directeur du MADmusée. Il m’a proposé de réaliser une sélection personnelle parmi les œuvres dont le musée liégeois dispose. Etant originaire de Gand, j’étais curieux de venir à Liège et de découvrir cette ville. Avoir accès à la collection du Madmusée a été quelque chose d’incroyable. J’étais très impressionné par les quelque 2500 œuvres. Cette collection est un vrai bijou ! Il a été difficile de faire un choix. Ce n’est qu’en regardant les tableaux à plusieurs reprises que j’ai décidé de m’orienter vers les portraits. J’en ai choisi soixante, tous styles confondus. L’exposition peut donner l’impression de retracer l’histoire de la peinture.

Pourquoi justement n’avoir choisi que des visages ?

Pour être honnête, l’idée n’a pas coulé de source ! Je me suis posé de nombreuses questions : devais-je faire une sélection à partir d’un artiste ? D’un genre ? Ou peut-être même d’une couleur ? Vous voyez, j’avais envie de tout faire (rires). J’ai également été très intéressé par l’aspect sexuel de certaines œuvres du MadMusée. Finalement, j’ai choisi les portraits mais je ne sais pas pour quelle raison ! Je les aimais beaucoup, c’est sûrement la raison principale…

"Per Benedetto, 2009", Berlinde De BruyckereLa sculpture « Per Benedetto, 2009 » trône majestueusement au milieu de toutes ces œuvres. Pourquoi avoir fait appel à Berlinde De Bruyckere ?

C’est une idée folle, venue un peu plus tard dans un train. Je pensais qu’il serait magnifique de voir une pièce remplie de visages tous orientés vers l’œuvre de Berlinde. Elle représente toujours un corps sans tête ou elle la cache à l’aide de cheveux, de draps, etc. Je trouvais la contradiction entre ces œuvres riche de sens. C’est un dialogue paradoxal. La collection en elle-même est déjà très riche mais la confronter avec une œuvre de Berlinde De Bruyckere me semblait essentiel. C’est une amie à moi avec laquelle je travaille depuis 15 ans. Elle est une vraie source d’inspiration !

Vous êtes connu pour l’intérêt que vous portez à l’univers des personnes handicapées et des malades mentaux, notamment dans vos chorégraphies. C’était donc évident pour vous de collaborer avec le MADmusée ?

Je pense qu’avoir travaillé en tant qu’orthopédagogue dans des instituts m’a permis d’appréhender les œuvres du MADmusée avec plus de sérénité. Je ne me suis pas totalement jeté dans l’inconnu. Je m’étais beaucoup éloigné du monde du handicap mental mais le retrouver par le biais de l’Art Brut contemporain a été bénéfique.

Qu’appréciez-vous dans l’Art Brut contemporain ?

Pour moi, les artistes déficients restent des artistes avant tout. Je ne m’attarde pas sur leur différence. Je ne vois que leur talent spécifique. Les œuvres exposées ici sont toutes de haute qualité. Si, à la vue de cette exhibition, le public ressent une forte émotion alors on aura tout gagné.

Collection MADmuséeC’est la première fois que vous vous prêtez au jeu de commissaire d’exposition. Ce rôle vous-a-t-il plu ?

J’ai adoré ! C’est très différent de créer une pièce chorégraphique ou de mettre en place une exposition. Il faut sélectionner les bonnes œuvres, être sûr de son choix et avoir la capacité de jouer avec elles. J’ai beaucoup aimé les arranger dans l’espace. Je vais vous confier un secret : me plonger dans ce rôle a été une prise de conscience pour moi. J’ai été surpris par mon côté maniaque ! (Rires) Je me rappelle avoir passé près d’une demi-heure à chercher l’endroit parfait pour placer l’œuvre de Berlinde. Si l’occasion se présente, je réitérerai l’expérience avec plaisir.

Le MADmusée est en plein projet de rénovation. Malheureusement, le subside le plus important vient d’être refusé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Qu’en pensez-vous ?

Dans ce genre de situation, je cite très souvent l’écrivain Amid Maalouf. Il affirme dans l’une de ses œuvres que la crise subie par le monde d’aujourd’hui pourrait être réglée par l’investissement dans le domaine de la culture, de la science et de l’éducation. Ces domaines apportent des situations créatives dont on a besoin. Je trouve cette idée forte et symbolique. J’ai donc été très déçu lorsque j’ai appris la situation du MADmusée. Les organisateurs travaillent dans des conditions difficiles. Pourtant, la passion qui les nourrit devrait être récompensée. Leurs œuvres ne sont ni commerciales ni accessibles au grand public mais elles en valent la peine. Je souhaite au musée liégeois beaucoup de succès pour la suite.

J.F.

Exposition à voir au Théâtre de Liège jusqu’au 5 mars.

 

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