Tourné au vinaigre : Souchon & Voulzy à Liège, l’horreur à Paris

Chronique du vendredi 13 novembre.

22h30. Une fille d’avril et moi sortons du Country Hall aux anges. Nous venons d’assister à un pur bonheur sur scène. Pendant 2h30, les deux complices de la chanson française, le génie des mots et le virtuose des mélodies, nous ont baladés dans leur répertoire qui berce nos vies depuis plus de 40 ans. Le concert m’a bien inspiré, j’ai déjà quasi tout mon article en tête.

Souchon Voulzy

Et puis les premiers SMS tombent… On croit d’abord à une blague, puis nous allumons la radio sur le chemin du retour et le couperet tombe. Ça recommence. Le sang, les cris, les larmes. Au fur et à mesure que les informations nous parviennent, nos visages se décomposent. Tous ces innocents morts parce qu’ils étaient à un concert, dans un stade de foot, dans un café. On a envie de disparaitre, de changer de monde, de se bourrer la gueule pour oublier, d’aller dormir en pensant que demain ce ne sera qu’un mauvais rêve.

Paris 13 novembre 2015Le soleil se lève, les paupières s’ouvrent, le sang se glace. L’effroi est toujours bien là. On voit déjà éclore les premiers raccourcis sur les réseaux sociaux, les tentations identitaires, le repli sur soi. J’ai envie de le dénoncer, mais je n’ai pas le courage. Je me dis qu’il ne faut pas ajouter du chaos au chaos, de la discorde à la discorde, de la haine à la haine. Je me dis que la meilleure façon de réagir c’est de tout de même vous raconter mon concert. Même si le cœur y est un peu moins, même si les vannes vous feront moins sourire, même si ça peut paraitre indécent. Mais c’est peut-être ça le début de la résistance, rester soi-même.

Votre chroniqueur préféré (si, si, ne cherchez pas) s’est encore fait passer pour le dernier des ringards ce vendredi !
– A. tu vas voir le match où ce soir ?
–  Pas de match pour moi ce soir, c’est soirée Souchon-Voulzy
– Cadeau pour tes vieux ?
– Non, non, j’aime bien !
– Oh non. Souchon à la limite, mais Voulzy. Voulzy quoi !
– Bon match. Adieu.

Dieu sait que j’attendais ce concert ! Enfin réunis sur scène ! 40 ans de collaboration, 19 albums, 15 victoires de la musique et des dizaines de tubes. Et le moins que je puisse dire, c’est que je ne fus pas déçu. Autant être honnête, il y a eu pas mal de problème de son mais hormis ça, c’était tout simplement magique. On a eu droit à un duo sincère et espiègle, acoustique et électrique, rôdé et spontané. Et quelle énergie ! Laurent envoyait le bois à la guitare, tandis qu’Alain sautait partout comme un petit garçon. Après avoir vu Sanson, McCartney, Souchon-Voulzy, je suis formel : l’âge n’a rien à voir avec l’énergie sur scène ! Oui parce que j’ai vu aussi Biolay et Delerm (dont je suis le plus grand fan, attention). Vivement Johnny la semaine prochaine !

Et puis ces tubes, vous les connaitriez tous ! Ces chansons qui n’ont l’air de rien, mais qui sont des petites perles et qui vous accompagnent depuis que vous êtes nés. Souchon et Voulzy ce sont le petit ange (Laurent, parfois un peu « gnan gnan ») et le petit diable (Alain, toujours malicieux) qui, au lieu de vous conseiller, vous chantent une chanson qui restera à jamais dans vos têtes. Mais si, je vais vous montrer ! Et j’aurais pu en mettre dix de plus !

C’est déjà ça : « Je sais bien que rue d’Belleville, rien n’est fait pour moi. Mais je suis dans une belle ville, c’est déjà ça. Si loin de mes antilopes, je marche tout bas. Marcher dans une ville d’Europe, c’est déjà ça. » Chanson écrite bien avant l’arrivée des migrants syriens, je précise.

Le bagad de Lann Bihoue : « Tu la voyais pas comme ça ta vie. Pas d’attaché-case quand t’étais p’tit. Ton corps enfermé, costume crétin. T’imaginais pas, j’sais bien. Moi aussi j’en ai rêvé des rêves. Tant pis. Tu la voyais grande et c’est une toute petite vie. » Ca vous fait pas penser à un lundi matin ?

Foule sentimentale : « On nous Claudia Schieffer, on nous Paul-Loup Sulitzer ». On nous Nabilla, on nous Mark Zuckerberg, si vous préférez.

Le soleil donne : « Le soleil donne, la même couleur aux gens, gentiment ». Bon là par contre, je suis obligé de m’inscrire en faux. Oui, parce qu’on connait tous ce pote qui va se promener en mars à La Panne et qui revient bronzé pour six mois alors que toi tu t’exposes quinze jours en Espagne et tu reviens soit blanc comme un cachet d’aspirine, soit rouge comme un homard.

Le cœur grenadine : « T’es loin, t’es tellement loin de moi. Du plaisir, j’en ai pas. ». Si vous avez déjà eu un être cher à l’autre bout du monde pendant un certain temps, vous voyez de quoi je parle.

Poulailler Song : « Ne croyez pas que je sois borné, le genre rétrograde avancé, je compte parmi les gens que j’aime bien, un jeune avocat africain ». Nadine Morano, on en parle ?

Je vous avoue que le pouvoir des fleurs me parait bien dérisoire au vu des évènements.

Mais celle de leur répertoire qui résonne le plus dans ma tête actuellement ne pouvait être que :

« Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Si toutes les balles traçantes
Toutes les armes de poing
Toutes les femmes ignorantes
Ces enfants orphelins
Si ces vies qui chavirent
Ces yeux mouillés
Ce n’était que le vieux plaisir
De zigouiller »

A. S.

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