Chronique : le Festival alimenTERRE aux Chiroux

Ce mercredi, Les Chiroux accueillaient le Festival alimenTERRE, organisé par SOS Faim Belgique, ONG active dans le soutien à l’agriculture paysanne et familiale au Sud. La soirée proposait 3 volets : une expo intitulée « Exposition Tous pour Tous », la diffusion du film « Food Chains » et un débat sur « Quel est le coût humain de notre système alimentaire? ». Retour sur cette soirée qui peut couper l’appétit.

Festival alimenTERRE

21 octobre 2015. Marty Mc Fly débarque, Marty Mc Fly débarque ! Si vous n’est pas enfermé à Banneux à prier pour que le Standard reprenne des couleurs, vous ne pouvez pas être passé à côté de l’ « information ». C’est en effet à cette date que le héros de « Retour vers le Futur » arrivait dans l’avenir imaginé par Robert Zemeckis : skate-boards volants, publicités hologrammiques intrusives et pizzas chimiques ! On peut dire que le réalisateur n’a pas été trop mauvais dans ses pronostics. Ce qui par contre n’a pas changé, c’est le sort des ouvriers agricoles. Leur quotidien était au centre du documentaire « Food Chains » projeté hier soir.

Si Marty s’était intéressé à cette problématique, il aurait pu passer de 2015 à 1925 voire en 1865 pour s’apercevoir que l’esclavagisme existe toujours et ce, même aux Etats-Unis. Les Mexicains ont remplacés les Africains, les champs de tomates, les champs de coton. Nous suivons le quotidien de ces ouvriers hispanophones, le plus souvent sans papier, qui travaillent dans d’immenses exploitations agricoles, 15 heures par jour pour un salaire ne permettant pas d’être au-dessus du seuil de pauvreté. Face à cette situation abominable, ils vont se mobiliser et manifester pour que les grandes chaines de supermarché et de fast-food achètent leurs tomates à un prix équitable.

Ce que le documentaire explique fort bien, c’est que ce ne sont plus les patrons fermiers qui tiennent les rênes de l’économie agricole, mais bien les multinationales qui achètent et distribuent les produits. Regroupées dans quelques grands groupes dans le pays, elles peuvent imposer leurs prix et installer une pression sur tous les maillons de la chaine. « Ouvriers, vous êtes le maillon faible : au revoir ! »

Le film se focalise sur les 5 jours de grève de la faim que mènent ces travailleurs devant le siège social de la principale entreprise de supermarché de Floride. Ils réclament une augmentation de 2 cents par kilo de tomates récoltées, ce qui doublerait leur salaire. Une action pacifique, intelligente et qui ne prend personne en otage. Si nos syndicalistes pouvaient s’inspirer de ce genre de combats dans leur stratégie de lutte, cela donnerait peut-être plus de résultats. Surtout qu’avec les réserves qu’il a, Marc Goblet pourrait amplement tenir plus de 5 jours.
Festival alimenTERRE

L’exemple américain est très facilement transposable dans notre pays. En effet, avec la multiplication des intermédiaires et la concentration des décideurs, il n’est quasi plus possible ni pour le producteur, ni pour le consommateur de contourner ces filières. Avons-nous déjà acheté des aliments directement chez le producteur ? Connaissons-nous celui qui les transporte ? Qui les place en rayon ? Au mieux, nous reconnaissons une des caissières de notre supermarché parce qu’elle a de jolis yeux bleus et un 95 C. D’ailleurs généralement, nous sommes déjà contents quand le Pakistanais du coin de la rue ne change pas tous les 6 mois.

Alors je fais un appel à témoins ! Si quelqu’un a une Delorean et un peu de plutonium, j’aimerai moi aussi revenir dans le temps !

  • Dire d’empêcher ces Friedman, Thatcher et autre Reagan de mettre en place un système financier où quelques personnes jouent au Monopoly avec l’économie réelle ;
  • Dire d’empêcher ces burocrates européens de pondre (eux qui n’ont jamais vu de poules en vrai) une Politique Agricole Commune qui tue nos agriculteurs au profit de grands groupes industriels ;
  • Dire d’empêcher Monsieur et Madame Bougar de se rencontrer et d’enfanter leur crétin de Jason, qui à l’âge de 8 ans écrasa ma tête dans une assiette de chicon au gratin à la cantine, devant la petite Julie dont j’étais fou amoureux, me dégoutant à jamais de ce légume de nos régions (ça n’a rien à voir avec le débat mais quitte à revenir dans le passé).

Nom de Zeus ! Il y a peut-être un autre moyen de changer l’avenir, Marty ! Mobilisons-nous !

Je vous avoue que quand je suis arrivé à la soirée, je me suis un peu demandé où j’étais tombé : prix d’entrée libre, buffet de produits du terroir et une salle remplie de gauchistes. On va encore nous marteler que nous pouvons changer le monde, devant une assistance conquise d’avance, puis tout le monde rentrera chez soi, la conscience tranquille.

Puis, à travers cette exposition mêlant photos, design et arts plastiques (remarquablement expliquée par Anne-Françoise Lesuisse), ce film documentaire et ce débat avec des acteurs de terrains, on s’aperçoit que la réalité de terrain est complexe. Cependant, à notre échelle, et dans la mesure nos possibilités, nous pouvons agir. Je prends conscience que notre premier acte politique, c’est notre pouvoir d’achat. Alors, je ne vais sans doute pas m’arrêter d’aller dans les supermarchés (parce qu’est quand même bien pratique) ni au Quick (parce que de temps en temps c’est quand même bien bon), mais si à l’occasion, je peux prendre un panier de légumes, un plateau de fromages ou une assiette de charcuterie via une des nombreuses initiatives liégeoises qui existent pour s’alimenter de façon équitable et durable, j’aurais déjà contribué à rendre ce monde un peu moins injuste.

Changer les choses avec de la bonne bouffe : il y a pire comme programme, non ?

A.S.

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