Max Cooper fait décoller les pieds du sol au Reflektor

Samedi, minuit. Je quitte le berceau familial après avoir fêté le nouvel an chinois en retard. Dès le pas de la porte franchi, je me demande sérieusement comment je vais faire pour réussir à danser jusqu’aux petites heures avec le ventre aussi plein. Ce soir se tient un événement que j’attends depuis un moment : Max Cooper débarque dans notre petite ville, environ 41 fois moins peuplée que la sienne, pour présenter sa nouvelle tournée et visual show  : Emergence.

Max CooperDu Londonien, je connaissais quelques sons qui ont tout de suite fonctionné avec moi. Electroniques, électriques même, ses productions mêlent musique dansante et onirique, nappes vaporeuses et notes déchirées. Toujours partagé entre EDM et ambient, l’ex biologiste généticien est souvent amené à concilier les deux genres.

Avec son premier album sorti récemment, Human, Max a voulu pousser la symbiose un peu plus loin en nous proposant un voyage sonore parfois sans rythme, expérimental, parsemé de sons plus conventionnels. Quelques voix se joignent également à l’expérience, mais rien n’y fait, parfois trop c’est trop. Inconsistant, trop souvent plat, il n’y a que quelques tracks qui marquent. Sans être foncièrement mauvais, ce premier essai demeure une petite déception, mais je sais que le musicien a sous le pied beaucoup de productions capables de faire de cette soirée une grande soirée.

C’est le Reflektor, nouvelle salle déjà largement médiatisée, qui reçoit ce soir l’artiste anglais. Etroite, elle est supposée accueillir 600 personnes, mais il est difficile d’imaginer tant de monde dedans sans en loger 200 dans le bar, pas loin d’être aussi grand que la salle elle-même. Cela étant dit, ce n’est en rien une critique : mes meilleurs concerts ont toujours eu lieu dans des petites salles, et celle-ci a du charme. Organisée comme un large et haut couloir, l’entrée se fait par le bar, où la musique des artistes invités est relayée discrètement par de nombreuses enceintes. Aussi ouvert le jour et équipé d’une terrasse, l’endroit est plutôt agréable, et pas trop cher (2 € la bière, puisque c’est ce que vous voulez tous savoir). Au fond du bar, un grand sas fait la séparation avec la salle, d’une largeur à peu près égale. Plutôt agréable pour les spectateurs, son agencement met aussi en valeur les artistes, confirmant que Reflektor est bel et bien une salle de concert avant d’être une boite de nuit. Niveau son, rien à redire, l’installation est neuve et efficace, le volume, pas trop élevé.

Après dix longues minutes, la mélodie léthargique s’interrompt.

J’arrive vers minuit et demi. Throwing Snow est aux commandes, avec un set « chillstep » plutôt efficace, relativement calme mais suffisamment rythmé pour commencer à se dérouiller les jambes. Peu après, Max Cooper monte sans faste sur scène, à se demander si le public, très bavard pour une salle de concert, ne l’a pas confondu avec un technicien. L’entrée en la matière, sans être inattendue, débute plutôt bien : l’écho de quelques notes de piano se fait entendre sur fond de « glitches » électroniques sporadiques. Quelques montées électrisantes promettent le début de quelque chose de plus soutenu, le public est prêt. Mais l’introduction n’a pas de fin, pas de but même. Après dix longues minutes, la mélodie léthargique s’interrompt. Tout le monde se demande si c’est enfin un drop, mais deux secondes complètes de silence viennent à bout de tout espoir. Le morceaux qui suit, sans transition aucune, n’a aucun rapport : joyeux et coloré, au sens figuré comme au sens propre, le visual show aidant, il est certes plus dansant, mais reste un peu simplet, surtout pour les standards de Cooper. À ce stade je suis assez inquiet pour le reste de la prestation.

Max quitte la scène aussi humblement qu’il est venu

Heureusement, le Londonien a fini par montrer le meilleur de lui-même. Progressivement, et assez vite même, le ton a changé. Une ambiance plus sombre s’est installée, laissant place à des mélodies beaucoup plus puissantes. À la moitié du concert, je suis forcé de mettre de côté ma frustration : je suis transporté. Voilà pourquoi je suis venu : de la musique électronique belle et intelligente, qui frappe fort, qui nous fait décoller les pieds du sol, et l’esprit du corps. D’ailleurs le public a enfin arrêté de jacasser. La performance force, sinon le respect, du moins l’observation attentive. Support efficace au torrent auditif déversé par les baffles, le visual show rempli bien son rôle, même si le tout petit écran de projection du Reflektor ne lui fait pas honneur. C’est en un éclair que le reste du concert passe. Max quitte la scène aussi humblement qu’il est venu, et si tout le monde, semble-t-il, reste sur sa faim, le concert est une réussite à laquelle on pardonne sans trop de peine un début difficile.

Comme beaucoup, j’en veux encore. Après une bière, je retourne donc voir celui qui clôture la soirée : Karl M. Lui vient de moins loin, l’Aixois n’a qu’une frontière à passer et quelques kilomètres à parcourir pour rejoindre Liège. Habitué des évènements de la Citée Ardente, et déjà présent pour la venue de Stephan Bodzin, il compose des sons bien à lui, mêlant ambient, techno, break et house. Ce soir, il nous joue ce qu’il appelle lui-même de la « decent techno », de la musique dansante, minimale, mais jamais agressive. Le tout fonctionne très bien, mais le changement d’heure et mon horaire du lendemain me rappellent malheureusement à l’ordre : il est déjà 4h30. Belle soirée.

Denis Ledent

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