Le paradis, ici, et maintenant !

Hier soir, la salle du Sauvenière était pleine à craquer. Pour la journée internationale des DROITS de la femme, Les Grignoux, en collaboration avec les FPS, ont projeté « Patience, patience, t’iras au paradis », le dernier documentaire signé Hadja Lahbib. D’un regard sincère et amusé, elle lève le voile sur les femmes de l’immigration maghrébine.

Patience, patience... T'iras au paradis !Mina a une soixantaine d’années. Après avoir suivi son mari vers la Belgique quarante ans plus tôt et élevé ses dix enfants, elle finit par se retrouver seule, dans un petit appartement de Molenbeek. Ballotée entre le Maroc où elle va désormais visiter la tombe de son mari et la Belgique où ont grandi ses enfants, cette femme de caractère, autrefois active, est esseulée. Perdue entre deux terres. Sa rencontre avec Tata Milouda, slameuse sexagénère rock’n’roll revendiquant sa part de liberté « dans la vie aujourd’hui », va tout changer. Mina, Tata Milouda, Warda, Hamida, Tleitmes, Rahma vont se (re)trouver et, ensemble, entamer une longue route vers l’émancipation.

Comment sortir de chez soi, prendre le métro, aller au cinéma, lorsqu’on ne sait ni lire, ni écrire ? Si ces femmes ne pensaient vivre que quelques temps en Belgique, « pour voir », elles y sont restées toute leur vie. « Le premier enfant est né, puis le second… après, j’ai oublié de partir ». Leur solidarité, leur furieuse envie de vivre vont les amener à s’inscrire dans une association de quartier, prendre des cours d’alphabétisation et à voyager à St Hubert, Ostende et – allez, tant qu’on y est – New-York même !

A plus de 60 ans, elles découvrent leur pays d’adoption. Et finissent par le trouver beau. Elles sortent de leur cuisine, s’arment d’outils pour accéder à une culture qui n’est pas la leur et surtout, surtout, elles réapprennent à rêver. Les situations cocasses et atypiques s’enchaînent, les langues se dénouent en un langage décomplexé, les fous rires déferlent. Si le sujet est lourd, le film agit comme un réel antidépresseur.

Comment sortir de chez soi, prendre le métro, aller au cinéma, lorsqu’on ne sait ni lire, ni écrire ?

Patience, patience... T'iras au Paradis !Présente à la fin de la projection du film, Hadja Lahbib a gentiment répondu aux questions des spectateurs – enfin – des spectatrices. Je n’ai vu qu’un homme ou deux dans la salle. Que des femmes pour la journée des droits des femmes, certes, mais de tout âge et toutes origines confondues, et ça, c’est déjà réussi.

Le film, fait de hasards et d’imprévus, a le mérite de donner à voir ce que l’on ne connaît pas. Mais aussi de nous poser question. Quelles aides à l’insertion pour les femmes immigrantes d’aujourd’hui ? Quel budget pour les maisons de quartier, les asbl défendant le droit à la culture et à l’éducation pour tous ? De même, si le projet final d’Hadja Lahbib a finalement été accepté avec son format de 85 minutes, il a d’abord été coupé, transformé, vidé d’une partie de son contenu pour rentrer dans un format audiovisuel bankable. Combien de films, de témoignages essentiels, ont ainsi été privés de financements ou dépouillés de leur intention première, faute au formatage aujourd’hui habituel de nos sociétés de production ?

Si le film touche à tout et ouvre des portes à de multiples débats, on en retiendra d’abord qu’il est une magnifique promesse à n’importe quelle femme voulant se libérer de sa condition.

Le film reste encore aux Grignoux pour trois séances (13/03, 16/03 et 17/03) et reviendra sur nos écrans durant l’été !

Marie-Catherine Sohier

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