Tourné au vinaigre : Children of Nowhere

Chronique décalée du dimanche 15 février 

J’sais pas vous, mais pour moi, l’art, c’est ce qu’il y a de meilleur dans la vie (exceptés les petits morceaux de fromage au sel de céleri qui accompagnent un CTS après le sport…). Ce soir, j’ai pu assister à Children Of Nowhere, véritable chef d’œuvre mêlant théâtre, documentaire, musiques et chants. L’histoire véridique de prisonniers politiques enfermés par Pinochet dans un camp de concentration au milieu du désert chilien. Des hommes torturés simplement parce qu’ils avaient des idées différentes.

Pendant ces 90 minutes, j’ai pu me glisser dans leur peau, vivre un peu de leur calvaire. Moi aussi, j’ai été prisonnier, coincé entre une vieille dame sentant l’eau de Cologne et un hipster sentant le tabac froid. Obligé d’écouter, de voir ce qui s’imposait à moi. Moi aussi, je me suis demandé ce que je faisais là…

Festival de LiègePourquoi moi ? Pourquoi dois-je subir ces monologues rocailleux tantôt en français, tantôt en espagnol ? Qui est cet enfant qui court dans le désert sans entendre le bruit du vent mais qui un jour s’arrêtera de marcher et qui alors verra le sable venir s’agglutiner sur sa peau, lui transmettant ainsi les histoires des autres… Pourquoi dois-je endurer ce décalage entre le son et l’image projeté ? Pourquoi cette femme a-t-elle le droit de fumer sur scène alors que moi j’en suis privé et que l’envie m’en a pris dès la quatrième minute du spectacle ? Pourquoi dois-je endurer ces chants venus de nulle part ?

Et que dire de ces quatre violoncelles ! Que Rostropovitch fut démago en jouant Bach un soir de novembre alors qu’on peut toucher l’âme humaine en frottant son archet contre le bois de son instrument pour en sortir des grincements insupportables pour le public.

Moi aussi, j’ai, comme certains protagonistes, pensé au suicide mais la beauté morbide du désert m’a retenu en vie. Tous ces grains de sables uniques et pourtant si semblables forment une mosaïque de couleurs… en quelque sorte, mes cinquante nuances de grès. Une expérience un peu sado maso où la prose a remplacé le fouet, la mise en scène les menottes, une vieille femme bien portante Dakota Johnson, mais qu’importe…

Merci le Théâtre, Merci l’Art, Merci Pinochet.

A.S.

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