Parenthèse de rire dans une journée de deuil

Je suis Charlie

J’sais pas vous, mais moi, ce mercredi 07 janvier 2015, j’avais mal. Pour la première fois de ma vie, un attentat terroriste me touchait au plus profond de moi-même. En tant que bon snob branchouillard un peu nihiliste, j’avais assisté aux grands évènements de société de cette dernière décennie avec un regard lointain, parfois cynique. Mais là, on venait de frapper à la valeur suprême : la liberté d’expression. Que des hommes puissent être froidement assassinés pour quelques plaisanteries me glaçait le sang. Après le chagrin et la colère, j’avais envie de me changer les idées, de voir mes amis, de rire. (Mal)heureux hasard du calendrier, c’est ce mercredi que j’avais réservé une table avec quelques camarades à la Bouffonnerie. Petit compte rendu d’une parenthèse de rire dans une journée de deuil.

Chronique du mercredi 07 janvier

C’est la première fois que je me rends dans ce « café-théâtre ». La formule est simple : un plat du jour (un menu le week-end) et une pièce de théâtre. Nous sommes accueillis par le patron. L’ambiance est chaude, intime, décontractée, on a de suite l’impression que l’on va passer une bonne soirée. Apéro, bon petit plat, bouteilles de vin : le repas se passe dans un esprit un peu franchouillard mais très agréable.

Ensuite, le patron et un des serveurs en salle montent sur scène. Je comprends alors très vite qu’ils seront les comédiens de la pièce. Cela étonne un peu et très vite force le respect. Je me plais à imaginer cette façon de faire dans un grand théâtre parisien : Fabrice Luchini m’expliquant comment Diogène s’est étouffé avec un calamar en m’apportant mon entrée de fruits de mer, Lorant Deutsch me racontant la vie d‘Henri IV en me servant ma poule au pot ou encore Isabelle Huppert jetant mon tiramisu en faisant la gueule après avoir sans doute craché dedans. Avant de commencer la pièce, nos hôtes nous annoncent une tradition à La Bouffonnerie : les personnes qui riront le moins devront monter sur scène en fin de spectacle et ce, entièrement nues. Je prie pour que les deux octogénaires du premier rang qui fêtent leurs 55 ans de mariage aient bien branché leur sonotone.

Le boulevard de ce soir nous raconte l’histoire d’une intérimaire qui débarque dans un bureau et va mettre la zizanie entre les deux employés qui veulent la séduire. Pendant 1h30, les trois comédiens débordent d’énergie dans cette pièce pas toujours fine, ni très originale, mais diablement efficace. On oubliera les quelques manques de justesse parfois dans le jeu des comédiens tant le plaisir sur scène et dans la salle est grand. Nous avons beaucoup ri, applaudi, sifflé (ce qui a permis à chacun de rester habillé, ouf). Aussitôt la pièce terminée, les comédiens descendent en salle et reprennent le service. Avons-nous bien mangé ? Oui. Avons-nous passé une bonne soirée ? Oui. Reviendrons-nous ? Assurément.

Dans cette journée noire pour la liberté d’expression, la culture et la démocratie, cette bulle d’air frais m’a emmené loin des flash infos, des amalgames, des polémiques. Des ingrédients simples pour un plaisir authentique. C’est parfois seulement de ça dont nous avons besoin. Je terminerai par la devise de La Bouffonnerie que j’ai envie de m’approprier et qui pourrait l’être par tous les chroniqueurs, comédiens, dessinateurs, tous ces bouffons qui tentent chaque jour de faire rire leurs contemporains : « Si cela vous a plu, parlez-en à vos amis ! Si cela vous a déplu, parlez-en à vos ennemis, cela nous fera du public quand même ! ».

A.S.

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