Tourné au vinaigre : Renaud Rutten et Arnaud Tsamère

Chronique du jeudi 9 octobre

J’sais pas vous, mais moi, les soirées improvisées, je trouve que ce sont souvent les meilleures. Alors, quand j’ai appris en dernière minute que deux comédiens que j’appréciais donnaient deux représentations uniques d’un spectacle d’impro, je n’ai pas hésité deux secondes (je mets autant de fois que je veux le mot «deux » , mec)… et j’ai bien fait ! Je m’en vais vous raconter ma soirée, mais avant, présentation de nos deux (tu vois !) athlètes.

D’un côté, Renaud Rutten, l’ours bleu aux souliers Molière et aux 300 DVD (bientôt 800 grâce à internet). Le local de l’étape nous a déjà démontré tout son talent de comédien sur les planches, notamment dans le Modèle Déposé de Poelvoorde. De l’autre, Arnaud Tsamère, frère de Ben et fils de Rollin. Ce mousquetaire de l’absurde connait un début de carrière fulgurant depuis son passage à On n’demande qu’à en rire. Les deux hommes se sont rencontrés au festival d’improvisation de Soumagne et ont décidé de remettre le couvert pour deux dates en ce mois d’octobre (mois en bre donc des moules frites, fallait être là, mec).

Rutten/TsamèreAlors, je dois vous avouer ma surprise lorsque j’ai eu vent de ce spectacle commun, ne sachant pas que Renaud Rutten était un pratiquant de l’improvisation et surtout ne comprenant pas ce qu’Arnaud Tsamère allait foutre dans cette petite salle de ce trou perdu (n’en déplaise aux Francs-Arquebusiers). De plus, le mélange de style me semblait impossible. Pour moi, c’est comme si Benjamin Biolay faisait un concert en duo avec les Gauff’ au Suc, François Damiens montait une pièce avec Luchini, ou encore que tu dégustais un château Margaux de 1961 avec une tartine de Herve et un peu de sirop de Liège. On adore l’un et l’autre, mais on n’avait jamais vraiment imaginé les associer.

Après quelques péripéties pour trouver la salle, j’entre. Il fait 45 degrés, c’est plein à craquer. Les locaux installés sur les sièges pliables du réfectoire de l’école communale parlent fort. Je commande un mazout et reçois un tango. Pas de doute, je ne suis plus à Liège… Noir, presque silence, musique ! Un homme monte sur scène, excité comme une puce dans un costard dont le créateur a dû être jugé pour crime contre l’humanité. « Ca va Visé ? On ne vous entend pas ! Je suis trop heureux, je crois que j’ai un début d’érection… ». Il s’avère que ce charmant homme sera le maitre de cérémonie. Il sélectionnera les thèmes proposés par le public et rythmera les différentes saynètes qui composeront le spectacle.

Il est difficile de vous rendre compte d’un spectacle d’impro. Les thèmes, les gags, les jeux de mots s’enchainent, les rires suivent :

Les points positifs – Le professionnalisme et l’efficacité de nos deux trublions, les nombreux décalages franco-belges (exemple : lors d’une scène, Rutten parle en Wallon à Tsamère qui fait ce qu’il peut pour suivre et répondre), les interventions du maitre de cérémonie, souvent pertinentes, mais aussi les thèmes donnés par les personnes présentes qui, sous leurs allures de beaufs, ont bien compris le genre : « On a opéré le chien, il parle », « Un limaçon thrombosé », « L’hygiène des poilus de 14-18 », « Ma première leçon de poney », etc. (le mien n’ayant pas été repris, pas question que je vous le livre).

Les points négatifs – Le rire à gorge déployée de ma voisine, un sketch sur les djihadistes franchement douteux et peut-être un trop grand décalage entre les deux univers des comédiens… Là où Tsamère essaye de poser certaines choses mais en prenant plus (trop ?) de temps, Rutten intervient avec la truculence et la spontanéité qu’on lui connait, ce qui amène souvent les sketches à tourner autour… du trou de balle.

Néanmoins, la soirée fut très bonne. Je vous invite tous à aller voir des spectacles d’impro, même d’amateurs et pourquoi pas à vous lancer dans l’exercice. Sachez que le talent et l’humour peuvent s’exprimer quand nous laissons la spontanéité s’emparer de notre tête, de notre corps, mais surtout de notre coeur. Soyez vous-même !

Mon essai « J’aime la vie, je chante la vie, je danse la vie : apologie du positivisme structurel dans la société des loisirs » est disponible aux éditions Rocancourt, 37 euros prix conseillé en librairie.

A.S.

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