Standard, le film : qui sont les Rouches ?

Ce samedi, j’ai voulu passer une heure et demie dans l’enfer de Sclessin. Ni écharpe, ni maillot sur le dos : non, cette après-midi, c’était binocles au bout du nez. En effet, « Standard » était sorti depuis un mois dans les salles et il fallait que je me bouge si je ne voulais pas le rater…

Standard

Dans le hall du Churchill, le ton était donné : une dame causait du match des Diables de la veille, un autre rigolait à propos de la rangée des sièges : « On va s’placer en T3 ! ». J’ai même eu droit au « Standard un jour, Standard toujours ! », histoire de s’échauffer. Le public de la petite salle de cinéma était à l’image du stade : parsemés d’enfants, de parents, de couples, d’hommes… et de femmes, aussi. Cela vous étonne ? J’imagine alors que la réaction du monsieur au guichet aurait pu être la vôtre :

– Une place pour « Standard », s’il vous plaît.

Regard mi-moqueur, mi-suspect.

– On vous a obligée ?

J’ai beau avoir répondu avec gentillesse que c’était bien par intérêt, je dois avouer que ce genre de remarque a le don de m’irriter légèrement. Oui, je suis une femme, oui je pense depuis trois jours au nouveau vernis qui va bientôt compléter ma collection d’automne – il n’empêche – j’aime la bière, le foot, mater en terrasse et roter en société. Ceci étant dit, ces propos imbibés de stéréotypes font directement écho à la phrase choc de la bande annonce du film : « Etes vous prêts à changer d’avis sur les supporters ? ». Comme dirait mon collègue-rédacteur-chroniqueur préféré, j’ai nommé A.S. de Bouchon Mag : J’sais pas vous mais moi, cette question à deux balles cinquante, je la trouvais bateau. Grossière même.

Le Standard, il appartient aux supporters.

Fort heureusement, le réalisateur français Benjamin Marquet a su m’emmener au-delà des stéréotypes, en finesse, sans grosses ficelles et en prenant son temps. Le projet initial du film était de laisser au placard joueurs, coaching et financement pour filmer l’essentiel : les supporters. Et c’est bien heureux. Parce que comme le soulignera très bien un Rouche : “Le Standard, il appartient aux supporters”. Si les financements, les jolies cravates et les Duchâtelet sont inévitables, dans le stade, c’est le public qui règne. C’est le public qui constitue le Standard de Liège.

Nadine, bruxelloise, la cinquantaine, ne rate jamais aucun match. Chez elle, toute petite, toute mimi, elle nous parle d’une voix douce de ses superstitions (elle ne reportera jamais une écharpe après un soir de défaite sans l’avoir lavée) avant de bouillir, rugir même, dans un stade enflammé (j’ai beau faire trente centimètres de plus qu’elle, je vous assure que je ne voudrais pour rien au monde croiser son regard un soir de défaite…). Francis, lui, dévoile avec fierté ses fardes remplies d’articles de presses découpés avec soin, ainsi que son musée personnel tout de rouge et de blanc, dans la chambre d’amis.

Si ces collections et petites manies font sourire, on comprend au fur et à mesure du film et des rencontres une vraie ferveur, nourrie d’histoire et de rage festive. Je n’ai jamais été que quelques fois au stade, mais j’y ai toujours vécu des moments de fierté, de symbiose, de liesse populaire (vous moquez pas, je sais que vous aussi, vous vivez de temps à autre des petits moment mielleux où vous avez l’impression que tout le monde s’aime… Même que vous trouvez ça beau). Si vous pensez que le Standard de Liège ne se résume qu’à un club de foot où les ballons de foot circulent aussi vite que les euros, je vous conseille ce film. Vous découvrirez un Standard fort, symbole de toute une région, en plus d’être une grande famille soudée par l’espoir, la tradition, l’allégresse.

Un Standard fort, symbole de toute une région.

Si pendant un bon moment j’ai trouvé que la caméra de Marquet restait longtemps en surface, dans une observation pure qui ne laissait pas beaucoup de place à l’échange, il réussit tout de même à creuser son sujet, à s’approcher un peu plus de ses personnages et à capter des vraies paroles. C’est là qu’il saisit les enjeux réels de son film. Ce « Standard », je vous le conseille. La toute dernière séance a lieu ce mercredi 15, à 20h au cinéma Sauvenière et est suivie d’une rencontre/débat : « Supporters, citoyens des stades ? ». Une bonne occasion d’approfondir ce qui a été proposé dans le documentaire, que vous portiez Essie aux ongles, que vous aimiez ou non la bière, que vous sachiez ou non ce qu’est un hors-jeu.

Peu importe, ici, on laisse les clichés au vestiaire.

Marie-Catherine Sohier

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