Nicolas Ancion : « Le décalage amène de la nuance »

Les éditions Espace Nord ressortent des archives « Les ours n’ont pas de problème de parking », un recueil de nouvelles de Nicolas Ancion publié pour la première fois en 2001. Quinze ans plus tard, Bouchon Magazine a rencontré l’auteur liégeois, devenu entre-temps une valeur sûre de la littérature belge.

© Dominique Houcmant
© Dominique Houcmant

Pourquoi ce texte a-t-il été réédité ?

Les nouvelles qui composent ce recueil sont encore beaucoup utilisées dans les écoles. Les élèves les lisent et je vais régulièrement dans les classes pour en discuter avec eux. Je n’ai donc pas hésité lorsque les éditions Espace Nord sont venues me trouver pour donner une seconde vie à ce recueil.

Vous avez déjà reçu le Prix des Lycéens pour votre roman « Quatrième étage » et le Prix Rossel des Jeunes pour « L’homme qui valait 35 milliards ». Quelle relation entretenez-vous avec la jeunesse ?

J’adore avoir ce contact avec le lectorat jeune, je suis content que mes textes les touchent. J’estime que c’est le rôle des artistes, et des adultes de manière générale, d’ouvrir la curiosité des plus jeunes. À ce titre, les professeurs sont des passeurs de littérature. Je vais souvent dans les écoles partager mon expérience. C’est également l’occasion pour les élèves de rencontrer des gens du métier et de se pencher sur certains sujets.

Dans vos nouvelles, vous abordez d’ailleurs souvent le thème de l’enfance.

L’enfance est un système auto-régulé extraordinaire. Lorsqu’un enfant va mal, il utilise un ressort très efficace pour ne pas tomber dans la dépression : le jeu. Il se règle tout seul, tandis qu’un adulte aura plutôt recours à des produits chimiques pour garder la tête hors de l’eau. On n’apprend jamais à jouer à un enfant. La créativité nait avec les enfants et meurt avec les adultes.

Vos personnages sont souvent des marginaux qui peinent à trouver leur place dans une société où le racisme est très présent. Est-ce un sujet qui vous touche personnellement ?

Plus que le racisme, c’est le non-conformisme et l’altérité qui m’intéressent. Le racisme nait de la peur de ce qui est différent. Tout doit se ressembler et tout le monde doit être pareil. Est suspect ce qui sort des sentiers battus. En tant qu’écrivain, je crée des histoires à partir de ces différences. Le décalage amène de la nuance. Plus les choses que l’on fait se rencontrer sont décalées, plus la rencontre sera forte.

Les oursQuel rapport entretenez-vous avec votre ville natale ?

Je suis né, j’ai grandi et j’ai fait mes études à Liège. C’est ici que j’ai appris la langue, grâce à laquelle j’ai découvert le monde. Le mot « soleil » ne veut pas dire la même chose pour un Liégeois que pour un Tunisien. Lorsque je lis un roman de Simenon, je me retrouve dans ses mots. Il a découvert le monde avec les mêmes yeux que moi. Toutes mes connaissances sont d’ici.

Après avoir vécu vingt-deux ans à Liège, vous avez beaucoup voyagé. La vie nomade est-elle une source d’inspiration pour l’écriture ?

Nous vivons dans un monde où l’on peut aller partout sans trop de difficultés. J’ai également la chance de faire un métier pour lequel je peux me déplacer. Le voyage aide à repenser ce qu’on est soi-même. Toutefois, je ne voyage pas nécessairement pour alimenter mes écrits.

Votre prochain roman, intitulé « Courir jusqu’à New York », est pourtant né dans les rues de Big Apple. Quelle est la particularité de ce projet fou ?

J’ai rédigé ce roman en 24 heures dans différents lieux de la ville. C’était un vieux rêve pour moi de savoir si, avec la fatigue, on arrivait dans un état second qui faisait marcher l’imagination de façon différente.

Votre verdict ?

Pas du tout ! J’avais l’esprit aiguisé et j’écrivais énormément, mais mon imagination n’était pas plus productive. Cependant, c’était un projet très excitant et je compte remettre ça prochainement à Hanoï, au Vietnam.

Entretien réalisé par Max Bastin

Les ours n’ont pas de problème de parking, suivi de Le Dortoir, aux éditions Espace Nord.

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