Dans la peau d’un déchireur de tickets au cinéma Churchill

Habitués des salles obscures, vous les avez déjà croisés à maintes reprises. Vous les regardez sans les voir, vous leur lâchez un « Bonjour/Merci » de façon machinale et vous vous dites souvent qu’un scan avec portique ferait tout autant l’affaire, même si ça manquerait cruellement de charme. Le temps d’un article, Bouchon Magazine vous propose de vous mettre dans la peau d’un déchireur de tickets au Churchill.

© Ernest Sébastien
© Ernest Sébastien

Le déchireur de tickets commence toujours sa journée par l’inspection des salles. Après avoir vérifié que personne n’ait enfreint la loi interdisant de manger pendant les séances, il reste planté là, dans un silence quasi religieux, à contempler la beauté de ce temple du 7e art. Car le déchireur de tickets aime le cinéma. C’est même la raison pour laquelle il est là. En contrepartie de son bénévolat, il a toutes ses séances gratuites. La compensation est belle et la formule fonctionne : ils sont des dizaines à déchirer des tickets pour le compte des Grignoux. Dans les salles obscures, c’est bien connu, il y a beaucoup de travailleurs de l’ombre.

Une fois l’inspection terminée, le bénévole peut alors accueillir les premiers spectateurs et s’occuper de leur ticket. Igor, déchireur de tickets depuis 30 ans, témoigne : « Tout est dans le doigté. Il faut bien pincer le ticket avec le pouce et l’index, pour ensuite imprimer un bref mouvement du poignet sans bouger le bras. Le ticket se déchire alors tout seul ». Malheureusement, des accidents de travail surviennent encore trop fréquemment, avec parfois des conséquences catastrophiques. « La fatigue et l’aspect répétitif de ce travail nous poussent à l’erreur : de nombreux tickets se retrouvent amputés de plusieurs centimètres de papier. C’est très gênant comme situation. Le spectateur nous regarde droit dans les yeux et le sentiment de culpabilité est énorme. »

L’amour du cinéma l’emporte sur ces désagréments.

Lorsque le dernier visiteur a vu son ticket se faire déchirer en deux, l’auteur des faits peut enfin reposer ses articulations. Si ce travail ne comporte pas de gros risques au niveau de la santé, il n’est cependant pas rare de constater des problèmes de tendinites aiguës, pouvant parfois aller jusqu’à l’amputation totale ou partielle de la main. « L’amour du cinéma l’emporte sur ces désagréments », explique Igor. « Pour regarder un film, nous n’avons de toute manière besoin que de nos yeux et de nos oreilles. »

A la fin de chaque séance, le déchireur de tickets a le regard rivé sur un écran de contrôle. Celui-ci lui permet de détecter le début du générique de fin. Le bénévole se rend alors dans la salle en question et s’assure que celle-ci se vide – humainement et matériellement – correctement. Enfin, il se retrouve à nouveau seul dans ce temple du 7e art et se dit, à la réflexion, qu’il aime bien ce job. Maintenant, il peut rentrer chez lui se reposer. Il doit être en forme pour ce soir.

Car ce soir, il va au cinéma.

Max Bastin

P.S. : l’auteur de cet article, lui-même déchireur de tickets dans une vie antérieure, assure qu’aucune main n’a réellement été coupée et tient à souligner la bonne ambiance qui règne au sein de l’équipe des Grignoux. De la part de tous les Liégeois amoureux du 7e art, merci !

 © Crédits photo : http://www.flickr.com/photos/bestarns/

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