Ennemis de sang : plongée dans la révolution industrielle

Une mère désespérée. Des jumeaux séparés à la naissance. Une Belgique à l’âge d’or de la métallurgie. Des mines de charbon et la révolution industrielle. Bienvenue dans le premier tome de la série « Ennemis de Sang » du liégeois Francis Carin et de son fils David Caryn aux éditions Glénat.

Ennemis de sangUne petite digression avant de me lancer dans ma critique. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est bien un éditeur français qui a soutenu le projet de Francis Carin et de son fils David. Un sujet intéressant puisqu’il nous renvoie à notre histoire, celle de la Belgique avec ses charbonnages, ses mines et la révolution industrielle. Une niche, diront certains ! Pourtant, il y a matière à raconter pas mal d’histoires. Bon, j’arrête de m’égarer dans des considérations éditoriales et artistiques.

L’idée de départ est somme toute assez classique : des jumeaux dont un est enlevé à la naissance. Le même physique, deux caractères diamétralement opposés. Le gentil est pauvre, le méchant est riche. Un pitch vu, revu et rerevu [1]. Pourtant « Ennemis de sang » a, au-delà d’un scénario de départ fort convenu, deux – énormes – points positifs.

La richesse de son univers. Les premières cases nous plongent au cœur du récit. Il y a des détails partout et une bonne quantité de clins d’œil [2], pour ceux qui sauront les reconnaître.

Bref, le lecteur se retrouvera face à un monde vivant et cohérent. Ici, ce n’est pas une époque fantasmée [3]. Le travail de recherche vient renforcer et surtout soutenir la « faiblesse scénaristique ». Avec un bonus non négligeable, une introduction pédagogique à l’histoire de la Wallonie.

Ensuite vient la patte artistique. Personnellement, j’ai un attachement, un peu nostalgique, pour les techniques de coloriage traditionnelles. Là où la majorité des dessinateurs, illustrateurs ou coloristes utilisent un ordinateur pour travailler [4]. Une vraie plus-value, comme diraient les économistes. Les dessins gagnent en profondeur et en épaisseur.

Pour venir contrebalancer cette ode aux graphismes, il existe des faiblesses qui viennent gâcher mon enthousiasme. Comme je l’ai dit plus haut, le manichéisme du pitch m’irrite un peu. Je sais qu’il faut une structure. Je suis conscient que celle-ci doit être facilement compréhensible dans le but d’accrocher et de susciter l’envie. Mais là…

Le second écueil est la longueur de la bande dessinée. On en veut plus ! On sent que l’éditeur est venu écourter quelque peu le récit. Dommage, il reste comme un sentiment de manque et un soupçon d’inachevé.

 Au final, c’est une bande dessinée qu’il faut lire. Au-delà de ses défauts, ce premier tome promet une aventure intéressante — à défaut d’être originale —, bien amenée et riche en détails. Si vous cherchez une nouvelle série, je vous la recommande donc fortement !

« Ennemis de Sang : Les Moissons Funestes », aux éditions Glénat (13,90 €). Exposition des originaux à la Maison de la Presse jusqu’au 31 mars.

Adriano Tosoni


[1]Non, je ne vais pas descendre cette BD. J’ai accroché dès les premières cases. Eh oui, je viens de spoiler ma critique. Vous n’êtes pas obligés de lire les notes en bas de page !

[2]Par exemple : un panneau indiquant la distance qui sépare Liège de Seraing. Oui, j’habite Seraing. De base, je vous zut !

[3]L’histoire se déroule à la charnière du XIXe et du XXe siècle.

[4]Je ne critique pas ! Je comprends les raisons de temps et d’économies d’argent. Et puis en cas d’erreurs le ctrl-z est vachement utile.

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