La BiLA dresse le portrait de Walter White

Dans le cadre du séminaire de l’imaginaire organisé par la BiLA, Sarah Sepulchre, professeur en communication à l’UCL et spécialiste des personnages de séries télé, viendra nous parler de Walter White, le prof de chimie reconverti en baron de la drogue de la série Breaking Bad. En préambule à cette conférence, nous avons discuté avec elle de méthamphétamine et de construction narrative. « Ready to cook ? »

Heisenberg

Sous quel angle allez-vous aborder le personnage de Walter White ?

Je vais m’intéresser à Walter White en tant que criminel. Au cinéma et dans certaines séries télé, on nous montre généralement la figure du criminel dans des moments extraordinaires. Dans Breaking Bad, Walter White nous est également montré dans les instants du quotidien. J’aimerais entamer une réflexion sur la manière dont un scénariste gère un criminel au jour le jour dans une série télévisée.

Au début de la série, le spectateur ressent une certaine compassion pour Walter White, compassion qui se transforme petit à petit en répulsion. Comment l’expliquez-vous ?

Les séries permettent d’entretenir des rapports complexes avec un personnage. On évolue avec lui. Personnellement, j’ai vite ressenti du dégout envers Walter White. Il s’agit d’une figure inhabituelle, nuancée, face à laquelle le spectateur n’a pas l’habitude d’être. Il permet de s’interroger. A part Tony Soprano (ndlr. : héros de la série Les Soprano), aucun autre personnage de série n’est aussi complexe que Walter White.

Quelle importance joue le personnage de Hank, son beau-frère, dans la construction narrative ?

Au départ, Hank endosse le rôle du flic bling-bling un peu lourd, tandis que Walter White représente le bon père de famille sans histoire. Au fil des épisodes, les rôles s’inversent. Il s’agit d’une construction morale qui se croise. Le spectateur se rend compte qu’il s’était trompé à leur sujet. « Ne jamais se fier aux apparences », c’est peut-être là le message principal de Breaking Bad.

Peut-on parler d’un dédoublement de la personnalité chez Walter White ?

Au début de la série, clairement. On est face à une sorte de Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Chez lui, Walter White est un père de famille aimant. En dehors, il est Heisenberg, ce baron de la drogue prêt à tuer s’il le faut. Cependant, la séparation devient floue au fil des épisodes. Walter considère de plus en plus Jesse comme son fils, tandis qu’une certaine forme de violence s’installe sous son toit.

Walter WhiteQuel rapport Walter White entretient-il avec la famille ?

Walter White est avant tout un personnage profondément égoïste. Il adore sa famille dont il est pourtant totalement déconnecté. Sa femme et son fils ont juste besoin de lui, pas de son argent. Cependant, Walter cherche à avoir une meilleure image de lui-même. Il était déjà quelqu’un, mais il a voulu devenir quelqu’un d’autre : Heisenberg.

Le cancer de Walter White marque le début d’une seconde vie. Breaking Bad, c’est l’histoire d’une mort annoncée qui permet la renaissance ?

Je parlerais de suicide plutôt que de renaissance. Walter White est paniqué, car il se rend compte qu’il est passé à côté de sa vie. Cette prise de conscience lui fait prendre des décisions extrêmes. Il ne peut pas revenir en arrière. Breaking Bad n’est pas une série qui nous dit que l’on peut renaître, mais plutôt qu’il faut saisir les opportunités au bon moment.

Breaking Bad aurait-il eu le même succès sans Bryan Cranston ?

Peut-être pas. Bryan Cranston a réussi à rendre parfaitement à l’écran les changements moraux et psychologiques qui s’opèrent chez son personnage. Il avait aussi le physique idéal pour incarner Walter White : celui de monsieur tout le monde, d’un homme qu’on ne remarque pas.

Comment expliquez-vous l’engouement populaire pour Breaking Bad ?

Le succès de Breaking Bad confirme ce que je pense depuis des années : le public n’est pas bête ! Il est prêt à consommer des séries plus exigeantes, difficiles à aborder moralement. La culture populaire a la capacité d’être dans l’air du temps. Elle teste nos propres peurs, comme c’est le cas avec le cancer de Walter White, une maladie qui touche beaucoup de personnes.

Le Séminaire de l’imaginaire, le 13 février à 12:15 aux Chiroux. Entrée libre.

 Entretien réalisé par Max Bastin

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