Antonioni à l’honneur aux Grignoux

Michelangelo AntonioniDans le cadre de la rétrospective organisée par la Cinémathèque royale de Belgique, l’ASBL Les Grignoux propose dès la rentrée un cycle consacré à Michelangelo Antonioni. L’occasion pour Dick Tomasovic, professeur de cinéma à l’Université de Liège, de battre en brèche quelques clichés sur le cinéaste italien.

Né en 1912, Michelangelo Antonioni commence sa carrière comme critique de cinéma, avant d’être happé par le tourbillon de la Seconde Guerre mondiale. Il y fera la rencontre, notamment, de Federico Fellini. Il entre ensuite à l’école de cinéma de Rome, dont il sortira empreint d’une pratique documentaire qui se ressentira tout au long de son œuvre. « Antonioni connaît le néo-réalisme italien des années cinquante, mais n’est pas du tout un enfant du néo-réalisme. Il arrive après », précise Dick Tomasovic. « Ce n’est pas un cinéma sur l’homme et son milieu, c’est plutôt une œuvre du décentrement, de l’intime. Le cinéma d’Antonioni regarde à l’intérieur de l’homme. »

En 1960, le sacre cannois de L’avventura donne à Antonioni une ampleur internationale. Le cinéaste propose une vision moderne du cinéma et enchaîne les succès avec des films tels que L’éclipse et Le désert rouge, tous deux projetés aux Grignoux dans le cadre du cycle qui lui est consacré. « Durant cette période, Antonioni établit son style : des intrigues qui ne montrent pas leur but, des personnages insaisissables et des actions qui tournent en boucle », explique Dick Tomasovic. « Son cinéma a de multiples facettes, bien loin des clichés habituels. Il faut se projeter dedans, mais aussi avoir peut-être un certain vécu pour l’apprécier. Mon premier visionnement de L’avventura, lorsque j’étais jeune, m’avait profondément ennuyé ! »

Antonioni est toujours resté fidèle à son esthétique et à ses thèmes.

Suite à ces nombreux succès, Antonioni décroche un contrat de trois films avec la Metro Goldwyn Mayer. Sous l’égide du lion qui rugit, il réalisera notamment Profession : reporter, qui complète le cycle proposé par la Cinémathèque royale de Belgique. Durant cette période, l’œuvre d’Antonioni n’est pas confinée à l’Italie et revêt un aspect US, notamment avec la présence de Jack Nicholson dans Profession : Reporter. « L’acteur apporte ce côté roublard, crasseux américain, mais ce n’est qu’un masque. Antonioni ne fait que déguiser son cinéma. On ne peut pas vraiment parler de rupture, car il reste fidèle à son esthétique et à ses thèmes ».

Le réalisateur nous a quittés en 2007, mais son œuvre, elle, restera à jamais l’un des piliers de la modernité en cinéma. Ce cycle Antonioni est donc l’occasion de (re)découvrir ses films et de constater que son cinéma est tout… sauf ennuyant. « On dit souvent qu’il y a beaucoup de temps morts chez Antonioni. Or c’est faux ! Il y a au contraire beaucoup de temps forts autour desquels on retrouve des moments capables de révéler les choses », analyse Dick Tomasovic. « Comme l’écrivait si bien Roland Barthes, Antonioni faisait des œuvres ouvertes, qui n’étaient pas confisquées par le schéma de la narration ou une mise en scène trop étriquée. »

En somme, une œuvre que tout un chacun peut s’approprier.

Retrouvez toutes les séances du cycle Antonioni sur www.grignoux.be.

Max Bastin

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